« On dirait des zombies », histoire d’un marathon en Corée du Nord

Aurélien, 25 ans, passe son temps à courir des marathons aux quatre coins du monde. Par amour de la course, mais aussi du voyage. L’une de ses performances les plus exotiques restera sûrement le marathon de Pyongyang, en Corée du Nord. 42.195km dans l’une des dernières dictatures communistes du monde. Interview entre musique de propagande, guides ultra envahissants, et grands ensembles sordides…

Aurélien et son débardeur Adidas, tout sourire au fin fond de la Corée du Nord. / Photo DR

      • Comment tu t’es retrouvé à courir le marathon de Pyongyang ?

Tout simplement parce qu’un collègue de travail m’a parlé de ce marathon. L’idée m’a plu.

  • Il faut une autorisation particulière ?

Non. En fait on est en contact avec l’organisme de voyage, qui est notre seul interlocuteur. On est briefé à l’avance sur ce qu’il faut faire et ne pas faire : ne pas sortir de l’hôtel le soir, ne pas prendre des photos d’espace public sans autorisation… C’est qui est drôle c’est qu’en arrivant à Pékin on reçoit un petit papier bleu qu’on doit remettre à l’arrivée à Pyongyang. Mais après plus rien, on ne revoit plus le papier et on ne reçoit aucun tampon sur les passeports.

  • Y a beaucoup d’étrangers qui participent ?

Pendant le marathon y a que ça. Y a bien une délégation de Coréens du Nord qui court, mais personnellement je ne les ai pas vu partir, je les ai juste croisé pendant la course. A l’arrivée y a deux classements : un pour les étrangers, et un autre pour les Coréens du Nord.

  • J’imagine que tu t’es entraîné pendant ton séjour, ça fait quoi de faire son footing dans une des dernières dictatures communistes du monde ?

En fait non. On est arrivé la veille de la course, donc pas de footing. De toute façon c’est très encadré, y a un guide pour 20 personnes, et on est complétement circonscrits à l’hôtel.  Le voyage dure une semaine, le reste du temps est consacré à la visite de sites historiques et touristiques. Enfin le plus souvent c’est des sites de propagande, comme un « musée de l’amitié » qui recense tous les supposés cadeaux qui ont été fait à la Corée du Nord. C’est souvent impressionnant.

« Obligé de faire une révérence à chaque fois »

 

Par exemple on a visité le lieu où sont exposés les dépouilles de Kim Jong-il et Kim il-Sung, c’est absolument immense, la salle est entièrement rouge, avec une lumière sombre et une musique style « Les chœurs de l’armée rouge ». On passe groupe par groupe en étant obligé de faire une révérence à chaque fois. La nuit on avait pas le droit de sortir à part pour fumer une clope devant l’hôtel. De toute façon c’est presque pas éclairé dans les rues. D’ailleurs c’est très particulier, y a que des grands ensembles, et des gens qui marchent dans le noir avec leur espèce d’uniforme gris, on dirait des zombies.

  • 42.195km ça fait une belle balade, c’est joli la Corée du Nord ?

En fait, c’était un parcours de 10km qu’on a fait 4 fois… en plein centre ville. On est parti d’un stade plein à craquer, en étant acclamés par plein de Coréens qui faisaient du bruit en rythme avec des morceaux de bois. Pareil à l’arrivée. C’était impressionnant, mais on s’est rapidement rendu compte qu’ils ne faisaient pas ça pour nous, mais parce que y avait un match de foot dans le stade. Le marathon est organisé durant une période très festive à Pyongyang, c’est la « fête du soleil », on y célèbre la naissance du fondateur de la Corée.

  • T’as un souvenir particulier qui t’as marqué ?

Sûrement ce moment où je me suis retrouvé à danser avec des Coréennes pendant les célébrations. Vu la tête que faisait le guide qui s’agitait pour nous retrouver, ça avait pas l’air prévu… (rires)

C’est jour de fête, Aurélien fait danser les petites mamies. /Photo DR

  • Tu t’es posé des questions morales avant d’aller faire ton marathon dans une dictature ?

Non, parce que dans ce cas-là tu pars nulle part. Quand tu vas à New-York tu donnes aussi de l’argent à un Etat qui mène des guerres au Moyen-Orient… A vrai dire je me suis même dit l’inverse. C’est un pays qui se rend compte qu’il ne pourra pas rester hermétique bien longtemps, il commence à s’ouvrir au tourisme. Et au contraire, il faut y aller, pour forcer le pays à s’ouvrir. D’ailleurs ils organisent aussi des séjours randonnées.

  • C’est quoi ton prochain marathon ?

En Antarctique. Je pars demain, sur l’île du Roi-George, dans les Shetland du Sud. Ca s’annonce bien, les températures ne devraient pas être si négatives que ça.

 

Damien Mestre

Journaliste du dimanche et petite frappe pour Eclectea. J'y fais la révolution, bricole des sons, et m'extasie devant des mouvements culturels auxquels j'entrave que dalle. https://twitter.com/MestreDamien

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