Pablo Kush – Good connections. un rappeur irlandais à Berlin

Vous pouvez écouter le premier EP de Pablo Kush, Little Bernie, sorti en avril 2016, sur YouTube, SoundCoud, Spotify et Apple. The Irish Connection, son second EP sera disponible dans les mois suivants. En attendant, on a retrouvé Pablo Kush dans une Kneipe Berlinoise pour discuter avec lui de son parcours et des scènes hip hop berlinoise et irlandaise.

Le talentueux rappeur est encore jeune, mais son parcours atypique, son nomadisme et son installation récente dans la capitale allemande donnent à son style un souffle original et le fait regarder la scène rap de son Irlande natale avec un désir profond de la soutenir et de la représenter. Sa musique, à la fois énergétique et planante, puise dans dans diverses influences, séduisant les publics de Dublin à Berlin, en passant par Londres.

 

Pourquoi « Pablo Kush » ?

J’ai crée ce personnage il y a quelques années quand j’habitais en Irlande et que je voulais changer mon nom Facebook parce que la police n’arrêtait pas de m’ajouter avec des faux profils. Les gens ont commencé à m’appeler comme ça, puis c’est resté comme nom de scène.

Quand as-tu commencé à rapper ?

J’ai réellement commencé il y a deux ans. Mais je suis plongé dans le rap depuis que je suis gamin. La première fois que je me revois chanter j’avais à peine sept ans. À l’époque je mettais le bazar et m’éclatais à rapper en irlandais. Le mot ne faisait peut-être pas encore sens, mais l’idée était là, maintenant que j’y repense. Essayer d’être un rappeur tout en venant d’Irlande sonnait un peu bizarre à l’époque… Même aujourd’hui, il y a peu de rappeurs irlandais… comme Jambo, Costello et Rejjie Snow, tu le connais ? C’est un artiste qui a une musique extrêmement créative et qui a gagné une reconnaissance mondiale, je pense qu’une bonne partie de son public est en France d’ailleurs !

Je voulais vraiment rapper mais je ne savais pas réellement comment m’y prendre, étant donné que je suis blanc et que je viens d’Irlande. Je pense que les gens des autres pays ont du mal à comprendre l’accent irlandais. J’ai été beaucoup critiqué, et je le suis encore aujourd’hui. Il faut accepter qu’il y ait des détracteurs partout.

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Pablo Kush, 0 to 100 Freestyle ©2016 Spiral Records

Pourquoi es-tu venu à Berlin ?

C’est une histoire amusante ! Une décision qui s’est prise en seulement une semaine, et qui n’était pas vraiment un choix artistique. J’avais initialement prévu de voyager en Europe et de voir où j’allais finir. Je suis allé à Berlin en premier, puis à Prague, et à Londres où j’avais un concert. Mais finalement je suis revenu à Berlin, parce que c’est une ville extrêmement créative et agréable à vivre. On peut boire légalement, avoir jusqu’à 15 grammes de beuh sur soi… c’est un peu le lieu rêvé pour vivre.

J’avais déjà remarqué que Berlin pouvait d’un côté t’absorber si tu étais faible mentalement ou bien te rendre encore plus fort et faire ressortir le meilleur de toi-même. Il faut simplement rester fixé sur ses rêves.

Donc, je suis arrivé à Berlin il y a cinq mois et je ne prévois pas de partir de si tôt ! Je suis parti parce qu’on avait été expulsés de notre maison à Dublin. On vivait à six dans un trois pièces. C’était vraiment fun mais il y avait aussi des drames et certains problèmes entre nous, nos voisins et la police haha… Mais bon, on a été expulsé de toute façon. J’ai donc pris un aller simple pour Berlin. J’avais déjà remarqué que Berlin pouvait d’un côté t’absorber si tu étais faible mentalement ou bien te rendre encore plus fort et faire ressortir le meilleur de toi-même. Il faut simplement rester fixé sur ses rêves.

Tu écoutes du rap allemand en ce moment ?

Non je n’en écoute pas trop, je ne comprends pas les paroles parce que je ne parle pas allemand. Et dans le hip hop, ce sont les paroles les plus importantes ! La plupart du temps c’est le même discours de gangster. J’ai écouté pas mal de RIN, qui est l’un des rappeurs les plus importants de la scène trap actuelle. Il utilise quelques mots anglais dans ses chansons donc je peux capter ce qu’il dit.

Je t’ai vu aussi dans un des clip de Papke.

Oui, je vis avec le frère de Papke donc on est un peu comme une famille maintenant (rires). Je pense que la scène allemande laisse participer des rappeurs anglophones, même si je ne suis pas vraiment éduqué à propos de cette scène à cause de la barrière de la langue.

Tu fais partie d’un groupe de rappeurs, ici à Berlin, avec Infidelix et Papke, qui me semble être une scène underground, mi-anglophone mi-germanophone à la marge ?

Infidelix est important et pèse dans cette scène hip hop berlinoise. Il chante toujours dans les rues de Berlin. Personnellement, je ne suis pas ici pour m’intégrer dans une scène. C’est des potes et on fait de la musique ensemble.

J’imagine qu’il y a une connexion avec la scène allemande puisque je vis et crée ici, mais s’il y a une scène dans laquelle je suis vraiment impliqué, c’est la scène Irlandaise.

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Pablo Kush, 0 to 100 Freestyle avec Papke et Infidelix dans le metro berlinois ©2016 Spiral Records

Quelles sont tes inspirations musicales ?

Je dois mon background musical à ma mère qui me faisait beaucoup écouter The Beattles, Bon Jovi et Bonnie Tyler. Il y a une liste infinie de tout ce que mes jeunes oreilles ont entendues pendant mon enfance. Une fois que j’ai rencontré le rap, j’ai écouté beaucoup de 50 Cent et Eminem à leur débuts, puis, après passé à Kanye West, puis Kendrick Lamar et A$AP Mob.

Quand j’avais 16 ans, A$AP Rocky m’a fait monter sur scène à Londres. C’était une expérience totalement dingue et ça m’a fait réaliser que c’était un truc pour moi. Des choses comme ça n’arrivent pas par hasard.

J’ai rencontré plusieurs rappeurs dont Kanye West, Jay-z, Kendrick Lamar et Schoolboy Q. J’ai noué des relations d’amitiés dans ces cercles-là et ça m’a vraiment poussé vers là où je voulais être. Rrejjie Snow est une vrai source d’inspiration pour moi également dans le sens où il a été le premier artiste hip hop en Irlande à percer à échelle planétaire. C’est grâce à lui que je me suis dit que tout était possible, étant donné qu’il venait de la même ville que moi.

Quand sort ce second Ep ?

Alors… La date de sortie initiale devait être le 20 avril car mon dernier Ep était sorti à la même date l’année dernière, mais j’ai eu des problèmes de budget. Et mon partenaire est toujours en Irlande : c’est lui qui enregistre tous mes sons, on a fait des trucs fous ensemble. Heureusement, il vient me rejoindre bientôt. On espère le sortir pour mai ou juin, mais je suis à 100% sûr qu’on pourra l’écouter cet été.

Qu’est-ce que tu peux nous dire à propos de cet Ep The Irish Connection comparé au premier sorti l’année dernière Little Bernie ? Quels développements as-tu accompli ?

J’ai beaucoup travaillé en matière d’écriture et de flow. Maintenant quand j’écoute Little Bernie, je remarque les erreurs que j’ai faites. Avec la musique, on est toujours en train d’apprendre, de grandir et de trouver la bonne voie.

Quelles sortes d’erreurs ?

Pour moi, l’ensemble de l’EP est un peu bâclé. J’ai pris du recul et j’ai écouté toutes les critiques pour mettre le paquet sur le projet suivant. On apprend toujours de ses erreurs non ?

Borza produit-il des beats pour le nouvel EP ?

Oui, il a produit deux sons pour Little Bernie, mais il avait aussi tout mixé et remastérisé. Pour The Irish Connection il a encore produit deux sons. Mais dans ce nouveau projet, j’ai obtenu un mixage et un remastering plus professionnel.

Que prévois-tu de faire pour les futures vidéos qui est différent de celles déjà en ligne ?

Je ne peux pas vraiment en dire plus par ce qu’on a encore des choses à travailler, mais ce qui est certain c’est qu’il y a une grosse évolution par rapport à mes anciennes vidéos. J’ai été beaucoup critiqué pour la première vidéo « Society ». C’était normal, pour un quasi-premier son. Même si la vidéo a été superbement réalisée par DG Media, un des gros de la scène hip hop irlandaise. De grandes chose à venir, donc restez connectés…

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Pablo Kush, Society ©Spiral Records

J’aime me penser moi-même comme une « connexion irlandaise » puisque j’ai connecté plusieurs personnes avec des intérêts différents à travers le monde.

Le nom de l’EP est intéressant. En quoi est-ce important pour toi d’incarner cette « Irish Connection » en tant que personne et à travers ta musique ?

J’aime me penser moi-même comme une « connexion irlandaise » puisque j’ai connecté plusieurs personnes avec des intérêts différents à travers le monde. Le projet original était d’ailleurs de faire une mix tape. Mais j’ai changé mes plans et crée une nouvelle vision de ce vers quoi je voulais aller.

Tes instrus sont enracinées dans le style old school et les rythmes boom bap. As-tu envie d’explorer des productions électroniques comme beaucoup d’artistes le font aujourd’hui ?

Je pense que je suis intéressé par beaucoup de styles, par exemple la trap et la ambient trap [NDLR: trap plus planante et chill]. Je n’écoute pas vraiment cette « crazy trap shit » américaine. Mais j’ai envie de conserver le style boom bap, ce qui est en quelque sorte ce que j’ai fait avec ce projet. Continuer à faire vivre le hip hop old school aussi, tout en créant un nouveau style qui m’est propre.

Est-ce que ton style et ton attitude font partie d’un mode de vie d’artiste hip hop ?

Mon style et mon attitude datent de quand j’étais jeune, je n’ai pas adapté mon mode de vie du jour au lendemain. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours porté des Nike Air. Les gens me disait que je ne pouvais pas faire partie de ce monde mais j’ai accompli bien plus qu’eux. Je leur ai montré qu’ils avaient tort. C’est comme ça.

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source : Pablo Kush

Pour finir, connais-tu des noms de rappeurs français ?

Quelqu’un m’a montré une vidéo d’un rappeur français, c’était fou! Je ne me rappelle plus de son nom mais on m’a dit qu’il venait de sortir de prison et on comprend pourquoi en voyant ses vidéos. Un groupe d’hommes tirant sur des fusils et des pistolets. Je suis tombé par hasard sur ce gars et par chance parce que j’aime son style, même si je n’ai aucune idée de ce qu’il racontait.

Mot de la fin

Yeah! The Irish Connection sort bientôt! Vous pouvez aller regarder mon travail et écouter mes sons sur YouTube, SoundCoud, Spotify et Apple, et n’oubliez pas de partagez et de montrer à tout vos amis!

Love Pablo Kush x

 

Dounia Mojahid

Etudiante en histoire de l'art à Paris X et à la Freie Universität de Berlin. Spread culture. Be eclectic!

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