La culture du conflit : « L’esprit français, contre-cultures (1969-1989) »

Depuis quelques semaines, les candidats à l’élection présidentielle ne cessent de nous imposer une vision de la France. Mais ce singulier n’est-il pas un problème ? Créer une identité française, c’est toujours exclure une partie de la population, mais c’est aussi figer et instituer une culture au dessus des autres, la culture validée par l’Etat et les dominants. Et si la France n’était qu’un bouillon d’oppositions, et si notre identité n’était pas tant celle d’une culture, mais plutôt celle d’un état d’esprit, d’une dynamique : le conflit.

Coluche, pinard, président

Coluche candidat à l’élection présidentielle de 1981, parodiant les photographies officielles. (c) Le Monde

L’exposition « L’esprit français, contre-cultures (1969-1989) » présentée à la Maison Rouge de Paris, fonce dans le tas et institue les contre-cultures à la française comme modèles alternatifs de ce que peut être la France. Présentée du 24 février au 21 mai 2017, l’exposition présente 20 ans de tradition contestataire. L’enjeu n’est pas ici de construire une idée figée de la contestation en France, mais bien plutôt d’insister sur la diversité des luttes et des moyens de lutte au détour d’un parcours thématique. Les formes instituées de pouvoir, le partriacat, la domination hétérosexuelle et hétéronormée, l’école, la culture bourgeoise, la xénophobie, les médias mainstream, autant de  monstres attaqués et moqués par les contre-cultures. Chaque salle met en perspective un conflit au travers d’oeuvres d’arts, d’installations vidéos et de documents d’archives, témoins d’une expression polymorphe du désaccord.

HARA-KIRI : Journal satirique, témoignant de la tradition contestataire au sein des médias en France.

Ces formes de contestation alors muséifiées deviennent les symboles et les images d’une tradition française de la politique. Mais faire de la politique en France est-ce nécessairement entrer en conflit ?

Le modèle de la lutte a depuis longtemps été institué comme essence de la vie politique française. La révolution de nos grands grands papis, l’entrée en résistance face à l’occupation allemande pendant la Deuxième Guerre Mondiale et les luttes de mai 68 sont autant d’évènements qui ont renforcé cette conception. Pour autant, ces évènements effacent la collaboration et l’acceptation passive d’une partie de la population, ils masquent et troublent la réalité.

La performance autour de l’oeuvre Piège pour une exécution capitale de Michel Journiac, en 1979, met en scène l’exécution du dernier condamné à mort de France, Jérôme Carrein, avant la proclamation de la Loi Badinter en 1985. Cette oeuvre révèle les parts sombres de son présent, et s’inscrit en faux contre le discours en la faveur d’une critique acerbe d’un des piliers de la république française : la peine de mort. (c) Le Monde

Cette exposition ne s’inscrit-elle pas dans la même dynamique d’un rapport nostalgique aux luttes passées, basée sur le fantasme d’une France engagée et combattante ? Est-il si bon de se réfugier dans cette chimère pour lutter contre les discours nationalistes ?

Face à cette exposition deux réactions sont possibles. D’une part, la cristallisation de ces luttes passées peut paralyser le spectateur réfugié dans le « c’était mieux avant », comme confisqué de ses propres possibilités de contestation. D’autre part, le spectateur peut envisager ces luttes comme des exemples ou des modèles modulables d’une contestation contemporaine. L’exposition semble préférer la deuxième alternative dans la mesure ou les deux dernières salles proposent des œuvres d’artistes contemporains.

Oeuvre réalisée pour l’exposition : Kiki Picasso, Il n’y a pas de raison pour qu’on laisse le bleu, le blanc et le rouge, à ces con de français, peinture phosphorescente sur toile.

Pour autant, exposer des artistes contemporains permet-il au spectateur de reprendre possession de ses possibilités d’action ? À travers la nostalgie ou les œuvres contemporaines, les possibilités d’action du spectateur semblent malgré tout toujours confisquées. Cette exposition ne donne pas vraiment de possibilités d’action à un spectateur mit face à une contestation cristallisée derrière une vitrine. Dans son essence la contre-culture n’est pas une culture admise, parce qu’elle n’existe que pour s’opposer à une culture dominante, oppressante, qui aurait peut-être dû apparaître dans cette exposition.

Ne serait-ce que pour reconnaître que la violence première vient de la culture dominante.

Article co-écrit avec Sarah Sudres <3

Leo Bourdet

Étudiant en recherche en Cinéma, à l'esprit Eclectique (c), et à la curiosité sans bornes.