ENTRETIEN – Guillaume Meurice : « Dans 15 ans, François Fillon sera peut-être un punk à chien »

Vous ne rêvez pas ! L’homme qui fait trembler nos dirigeant.e.s avec ses micro-trottoirs a passé l’heure du thé avec l’Eclecteam.

Guillaume Meurice compte les bêtises à faire avant de s’endormir – Paul Roquecave

Eclectea : Les personnes qui font et qui lisent notre site sont majoritairement jeunes. Pour commencer, on avait donc envie d’en savoir un peu plus sur qui tu étais à notre âge. C’est en 1999 que tu as eu 18 ans, juste avant le grand bug de l’an 2000. Qui était Guillaume Meurice à cette époque ?

Guillaume Meurice : Je venais d’avoir le bac. Dans l’esprit, j’étais assez insouciant. Je crois que je me foutais complètement de ce que je voulais faire dans la vie. J’ai suivi un pote en DUT de gestion. Et là, ce sont de très bons souvenirs parce que c’est la première fois que j’avais un petit appart, sans les parents. C’était l’émancipation. C’était à base de fêtes toute la semaine. J’avais aucune ambition de carrière.

Eclectea : Quel était ton rapport à la politique ? Les fameuses présidentielles de 2002 étaient tes premières. Quels effets ça a eu sur toi ?

Guillaume Meurice : J’étais pas vraiment politisé. J’avais des parents à moitié soixante-huitards, alors à table on en parlait. Mais je ne m’intéressais pas du tout à la politique politicienne. Tout ça, c’est venu ensuite. Après mon DUT, j’ai fait un an de licence d’administration publique à Aix-en-Provence. Je ne savais toujours pas quoi foutre. Par contre, j’étais fan de foot, c’est pour ça que je me suis rapproché de Marseille. J’avais ce rêve de gosse qui était d’aller voir des matchs. Dans cette licence, il y avait des cours en Science Politique. Tous les candidats sont passés. Et c’est là que ça a commencé à m’intéresser. Ensuite, il y a eu le second tour Chirac v. Le Pen, les premières manifs. C’est là que j’ai acheté pour la première fois Charlie Hebdo.

Il renverse son café.

« Ciel mon café ! » – Paul Roquecave

Ça, c’est un acte manqué, j’étais en train de parler de Chirac v. Le Pen. Heureusement que vous êtes pas étudiants en psy. Ah, enfoirés, c’est bien le moment de prendre des photos. Bon, c’est vraiment là où j’ai commencé à m’y intéresser. Et du coup, la première personne pour qui j’ai voté, c’est Noël Mamère.

Eclectea : Qu’est-ce que ça représentait pour toi ce premier vote ?

Guillaume Meurice : Je ne m’en rappelle pas trop. En plus, c’était une procuration. Même Chirac, c’est ma mère qui y est allée pour moi. Symboliquement, c’est pas plus mal. Mon premier vrai vote… je m’en souviens pas non plus.

Le vote n’est pas l’alpha et l’oméga de la démocratie.

C’est très spectaculaire, on nous vend un changement de civilisation pour faire du spectacle. Je vais voter parce qu’on me demande mon avis en tant que citoyen et donc je le donne. Quel que soit le second tour, j’irai voter. Mais je considère que ce qu’on fait dans la vie, c’est plus politique que mettre un bulletin dans l’urne.

Eclectea : Ce dont on parle là date de quinze ans. Qu’est-ce qui a changé chez toi pendant cette période ? Comment t’es-tu mis à mêler humour et politique ?

Guillaume Meurice : Pour moi, l’humour n’est pas une fin, mais un moyen. Je cherche avant tout à dire ce que j’ai envie de dire. Faire des blagues, ça a toujours été ma manière de l’exprimer. Quand j’ai écrit mon premier spectacle, je me suis d’abord demandé de quoi je voulais parler. J’avais des thèmes en tête. Je jouais des allégories, comme la mort par exemple. Et, je remerciais Dassault pour les ventes d’armes. En fait, les gens payent pour m’entendre donner mon avis en faisant des blagues. Mes spectacles ont toujours une connotation sociétale.

Je remerciais Dassault pour les ventes d’armes, et je distribuais des clopes.

Eclectea : Pour incarner ces quinze années-là, tu aurais un souvenir à nous donner ?

Guillaume Meurice : S’il fallait en garder un, ce serait le meeting de Sarkozy en 2012. J’y étais venu avec un de mes personnages de spectacle. Je me trimbalais, déguisé en Marianne, avec un panneau « J’ai mal au cul ». Et pour la seule fois de ma vie, je me suis pris une mandale. Voilà comment on pourrait résumer ces quinze années de ma vie en une image. C’est un peu l’esprit qu’on retrouve aujourd’hui dans mes chroniques. Je me suis bien amusé, mais je ne le referai pas car c’était hyper-chaud.

Travailler plus pour rire plus – Paul Roquecave

Eclectea : Parmi toutes les chroniques que tu as eu l’occasion de faire, pour laquelle t’es-tu le plus éclaté ?

Guillaume Meurice : C’est celle sur François Bervas. Le candidat aux présidentielles qui voulait tirer sur les manifestants à balle réelle. J’ai même mis des bonus sur le site d’Inter. Il n’a pas eu les parrainages. Dans un débat à onze, François Fillon aurait pas tenu cinq minutes avant de se prendre une balle dans le genou.

Eclectea : Avec ces chroniques, t’es devenu aujourd’hui une espèce de repère pour la jeunesse de gauche. As-tu conscience de cela ?

Guillaume Meurice : Non, je m’en rends pas trop compte, même si on me le dit de plus en plus. Après, un repère, c’est peut-être un bien grand mot, non ? Quoi qu’il en soit, ça me fait plaisir. Que des gens me reconnaissent, m’envoient des messages, c’est plutôt positif. Et puis, ça me fout pas tellement la pression. Le temps passera, et après il y aura quelqu’un d’autre.

Eclectea : Tu sais comment on pourrait l’expliquer, ce succès ?

Guillaume Meurice : Je ne l’ai jamais vraiment analysé donc je sais pas trop. Mais, on peut y réfléchir. Ça veut peut-être dire que cette parole manquait. Après, j’écoute très peu les médias. Je connais pas du tout la grille d’Inter. Mes conneries me prennent toutes mes journées. Et puis, ma parole n’est pas la seule. Il y a Nicole [Ferroni, ndlr], Pierre-Emmanuel [Barré, ndlr], Sophia [Aram, ndlr], et Charline [Vanhoenacker, ndlr]. Peut-être qu’aujourd’hui on porte cette parole-là.

Eclectea : Et puis, il y a aussi cette médiatisation sur les réseaux sociaux, comme Facebook et Youtube. Beaucoup de personnes te découvrent comme ça. Il existe même un compte Twitter « Les Meuricettes ».

Guillaume Meurice : Oui, et ça me fait assez plaisir parce que France Inter a une réputation de radio de cinquantenaires.

Les Meuricettes, c’est une armée secrète mobilisable en quinze minutes partout en France. Des fois, je fais chier France Inter en disant que je peux faire une manifestation devant si ça me va pas.

Plus sérieusement, j’ai pas conscientisé le truc, et je veux pas finir en gourou. Dans mes chroniques, je ne veux pas donner de leçons. Ce que je veux, c’est plutôt de la déconstruction de raisonnement. J’aime beaucoup demander aux gens pourquoi ils pensent ça. Je me cache pas derrière une carte de presse. C’est pour ça que même la fachosphère n’est pas vraiment agressive. J’en croise en meeting et ils me disent que je les fais marrer malgré tout.

Je milite pour des cours d’esprit critique à l’école.

Eclectea : Bon, aujourd’hui, on est à la veille du premier tour. Comment vois-tu ta journée de demain ?

Guillaume Meurice : Je vais aller voter Mélenchon. Il faut bien en choisir un. Au début, je voulais voter écolo, mais il s’est allié à Hamon. Il y a des choses qui me plaisent pas chez Mélenchon, les visions internationales notamment.

À Cuba, je serais en tôle, alors déposer des gerbes de fleurs en hommage à Castro…

Et vu ce qu’il se passe en ce moment au Vénézuela, ils feraient mieux de se la fermer. Malgré tout, ça reste le plus proche de mes idées. Et, on verra ce qu’il se passe. C’est la première fois où selon les sondages on ne sait plus en qui croire. C’est peut-être égoïste, mais je le vis avec une certaine excitation. Comme on le dit avec Charline [Vanhoenacker, ndlr], on a une position idéale dans cette campagne. On n’est pas des journalistes qui ont besoin d’aller chercher toutes les dernières infos à analyser. Notre seul rôle c’est de commenter en faisant rire. Du coup, lorsqu’on a Fillon face à nous pendant trois minutes, on peut lui dire de rendre l’argent sans qu’il ne se casse. J’ai une liberté complète. Je suis tellement dedans que j’ai pas le temps de me morfondre.

« Je le signe pour qui ce chèque en blanc ? » – Paul Roquecave

Eclectea : Tu es du genre à rester toute la journée sur les réseaux les jours de vote ? Comment tu vas remplir ta journée exactement ?

Guillaume Meurice : Je vais commencer par rentrer à Paris, et puis aller voter. Après, je sais pas trop quand est-ce qu’on aura les résultats. En tout cas, le soir, je vais aller voir les QG des candidats pour préparer la chronique de Lundi.

Eclectea : Crois-tu que ton métier peut être bouleversé par les résultats de cette élection ?

Guillaume Meurice : Vu qu’on est sur une radio publique, oui. Si Marine Le Pen passe au pouvoir, j’ai peu de doutes sur le fait qu’on se fasse virer. Mais ça me dérange pas, on fera autre chose, autrement, et ailleurs. Le créneau de 17h35 sur Inter ne m’appartient pas. Je prends mes responsabilités d’humoriste qui prend la parole en public. Si on me demande de faire, ou de ne pas faire quelque chose pour pouvoir rester, je refuse. Je suis tranquille vis-à-vis de ça.

En 2015, j’ai quitté Canal parce qu’on m’avait refusé un dessin de Charb une semaine après les attentats.

C’était pas négociable, et je suis parti. Ma seule mission c’est de continuer à m’amuser. Je m’enferme pas dans une vision à long-terme. Et avec Internet, un immense champ des possibles s’ouvre.

Eclectea : Penses-tu qu’Internet a de bons impacts sur ce que tu veux faire ?

Guillaume Meurice : Ça horizontalise vachement le truc, donc oui. Tout le monde a le moyen de s’informer, surtout votre génération. Ah, ça c’est une phrase de vieux con. Mais oui, carrément, ça horizontalise le rapport à la politique, à la citoyenneté. Le seul truc merdique encore c’est le modèle économique. T’as beau faire des vidéos virales, tu peines à être payé. Mais ça va se faire, c’est encore jeune comme média.

Guillaume Meurice, star des Internets – Paul Roquecave

Eclectea : Malgré ta non-vision à long-terme, comment tu vois le Meurice de 50 ans ?

Guillaume Meurice : Je le vois pas trop. Je sais juste ce que je ne veux pas être. Pas un vieux aigri qui dit que c’était mieux avant. Pas un type qui s’accroche à son créneau de France Inter et qui délivre la même parole depuis 20 ans. Ah, ça c’est bien de m’enregistrer quand je dis ça… Après, je peux continuer à faire du spectacle, tout comme avoir une maison dans le Sud Ouest transformée en ferme pédagogique. J’aime bien donner des cours, ou je pourrais ouvrir une école de théâtre, ou faire un documentaire. Tous ces trucs là me plairaient.

Eclectea : Le Guillaume Meurice de 50 ans aurait-il voté Fillon ?

Guillaume Meurice : Ah, on sait pas. Peut-être que dans 15 ans, Fillon sera le plus à gauche tellement tout se sera droitisé.

Il sera peut-être punk à chien. Tout est possible.

 

Cette rencontre a été réalisée par Fanny Hugues et Valentin Chomienne. Les photos sont celles de Paul Roquecave.

Valentin Chomienne

Autodidacte de l'écriture, amateur sans bornes de musiques, aimant à bonnes ondes sociétales : avec le moins de préjugés possibles, l'objectif rêvé est de se battre pour l'ouverture des coeurs et des esprits.