Le graffiti, un art institué mais toujours controversé.

Dans les années 1970, la technique du graffiti voit le jour à New York, dans les ghettos du Bronx. Il était alors majoritairement pratiqué par des adolescents, qui par ce biais, s’exprimaient sur leurs conditions de vie et leurs visions de société. Leur support de prédilection était notamment le métro. Ce choix de support est primordial, il reflète l’importance donnée à la circulation du message, adressé à la société dans son ensemble.

 A86 art art de rue conflit Denoyez eclectea éclectique graff graffiti institué marginal media métro paris rue spray street-art vandal vandalisme web web media webmédia

©Strip-Art le Blog, graffiti de Mode2 à New York

C’est en partie grâce à la culture hip-hop que le graffiti réussit à investir la sphère culturelle 
mondiale. Le rap, alors en plein essor dans les années 1980, permet au graffiti d’être exposé à un public de plus en plus large à travers les clips musicaux.

Le graffiti est aujourd’hui reconnu comme une forme d’art. Cependant, le graff vandal – graffiti non autorisé- reste marginalisé. Il est souvent considéré comme une nuisance visuelle par les passants. La relation conflictuelle qui s’établit entre la société et les graffeurs peut être illustrée par les procès se multipliant ainsi que les brigades anti-tag instituées dans diverses métropoles telles que celles de Paris, Lille, Bordeaux et Montpellier.

Là se trouve toute la complexité liée au graffiti: d’une part considéré comme de l’art de l’autre comme une simple marque de vandalisme. Certaines grandes villes afin d’encadrer cette pratique offrent aux graffeurs les moyens de réaliser légalement leur oeuvre. C’est notamment le cas à Paris de la rue Denoyez  , rue Primo Levi ou encore le Skate Park de Bercy.

 A86 art art de rue conflit Denoyez eclectea éclectique graff graffiti institué marginal media métro paris rue spray street-art vandal vandalisme web web media webmédia

© blog wonder brunette, Rue Denoyez Paris XX ème

Cette mutation ne convient pas à la majorité des graffeurs qui considèrent que la pratique de cette activité dans des lieux autorisés a pour effet d’ôter une part de la substance même du graffiti.
Bob, graffeur passionné depuis son enfance, partage tout à fait cette idée. Malgré cela, il peint aujourd’hui dans des lieux circonscrits où cette discipline est permise. Les tensions qu’il a connu dans le cadre de la pratique de cet art ont mis un terme à sa carrière de graffeur. Cette interruption est contrainte en partie par la législation actuelle. Ces rapports conflictuels ne s’établissent pas seulement dans l’opposition avec les forces de l’ordre, mais touchent aussi l’entourage du graffeur.

Comment as-tu été amené à graffer?

J’ai tout d’abord été attiré par les graffitis qui sont peints sur le bord de l’autoroute, certains sont réellement impressionnants. J’ai décidé de plus m’y intéresser en achetant des magazines à l’âge de dix ans; je me suis alors exercé à dessiner et j’étais lancé! Au départ on dessine sur le papier puis l’envie de changer de support arrive vite. Les supports de prédilection étant principalement les lieux non autorisés depuis la naissance de ce mouvement, on peut dire que j’étais entré dans l’illégalité.

 A86 art art de rue conflit Denoyez eclectea éclectique graff graffiti institué marginal media métro paris rue spray street-art vandal vandalisme web web media webmédia

© Blog Maquis Art, graffiti de SEAD sur l’A86

A quel moment tu as décidé de pratiquer le vandal?

Ca arrive assez naturellement, c’est un processus: d’abord tu as la permission de sortie, ensuite tu te trouves un blaze -signature-, avec l’argent de poche que tu as tu achètes du matériel et tu commences à graffer dans la rue. Pour moi c’est à l’âge de treize ans que j’ai débuté à m’exercer sur des supports non autorisés. Puis je suis tombé dedans.

Tu entends quoi par « tombé dedans »?

Ca désigne un processus: c’est le moment où tu lâches la feuille, celui où tu commences à pratiquer le vrai graffiti. Tu sais alors que des conflits peuvent survenir, c’est pour cette raison que tu gardes le secret de ton activité. Seules les personnes avec qui je pratiquais le graffiti savaient que je faisais cela. C’est une part de ton intimité qui n’est pas dévoilable, notamment parce que c’est contraire à la loi.

 A86 art art de rue conflit Denoyez eclectea éclectique graff graffiti institué marginal media métro berlin rue spray street-art vandal vandalisme web web media webmédia

©pinterest, crew 1UP graffant en rappel sur un toit de Berlin

On relate parfois les conflits qui ont lieu entre différents crew -bande de graffeurs- cela t’es déjà arrivé?

Non je n’ai jamais eu aucun conflit. A partir du moment où tu respectes les règles du milieu ça ne risque pas de t’arriver. Mêmes si elles sont implicites, tu les connais. Par exemple, si tu repasses le graffiti de quelqu’un d’autre, que tu toy -que tu t’inspires trop- du blaze d’un de tes pairs ou que tu rayes un graffiti que tu peux avoir des ennuis. Les conflits sont parfois interposés: des crews peuvent repasser ou se rayer mutuellement leurs graffitis; tu ruines le travail de l’autre en espérant avoir plus de visibilité. Mais tous ces conflits n’ont pas de réelle importance pour moi qui ne les ai pas connu personnellement.

As-tu connu d’autres types de relations conflictuelles compte tenu de cette activité?

Oui, notamment ceux avec qui je considère être les ennemis du milieu; ce sont les forces de l’ordre. Ce sont les seuls qui peuvent t’obliger à mettre un terme à ta passion. Ils considèrent ça comme une faute alors que nous non. Là on a un conflit idéologique: deux visions s’opposent à propos de cet art. Ils ne comprennent pas que le graff c’est une vraie drogue, une fois que tu as commencé c’est presque impossible d’arrêter. Quand tu te fais choper, pendant un moment tu te stoppes, mais ça c’est dans les actes parce qu’au fond de toi tu en as toujours envie. Et il suffit que tu en refasses un pour replonger, c’est une spirale. Et ça, l’entourage ne le comprend pas non plus.

 A86 art art de rue conflit Denoyez eclectea éclectique graff graffiti institué marginal media métro paris rue spray street-art vandal vandalisme web web media webmédia

©Blog Mediapart, saturation sur métro par le graffeur azyle

Tu as essayé de l’expliquer à ton entourage pourquoi tu faisais cela, et ce que ça t’apportait?

Oui et c’est à partir de ce moment que je suis entré en conflit avec eux sur le sujet. Encore une fois je n’étais pas d‘accord avec mes proches sur la signification de ce que je faisais.
Ils cherchaient un sens à mes graffs et comme ils ne le trouvaient pas, ils n’avaient pas de considération pour cette activité. En général, la société souhaite trouver une signification à toute oeuvre artistique. Donc dans la rue quand des individus croisent des lettrages, ils sont en quête de sens et s’ils n’en trouvent pas alors ils n’apprécient pas et considèrent ça comme une nuisance.

L’exposition Graffiti au centre Georges Pompidou à Paris présente la célèbre série photographique de l’artiste Brassaï, symbolisant la reconnaissance de cet art. Cela est révélateur du fait que les institutions semblent souhaiter jouer un rôle qui consisterait à légitimer la pratique du graffiti.

Il est possible de s’interroger sur les effets de la place accordée aux graffitis dans les musées. D’une part, le contexte plus classique d’exposition des peintures peut amener la société à reconsidérer cet art.
Tandis que d’autre part, se pose la question de savoir si faire entrer ce pan du street art dans un cadre légal ne reviendrait pas à le vider d’une partie de sa substance. Le fait d’extraire le graffiti de son contexte -du cadre urbain- ôte un fragment du message que l’artiste souhaite véhiculer.

Quelques sources afin d’approfondir le sujet:

La base photos du site internet Maquis Art: https://www.maquis-art.com/Graffiti-Graffiti-Tag-Street-Art.html

Juliette Molitano