La slow life: véritable retour à un mode de vie plus simple?

Ces derniers-temps, le concept de Slow Life est en vogue en témoignent les nombreux blogs et articles en ligne. Tous vantent les bienfaits de ce mode de vie, prônant un ralentissement général censé apporter le bien-être.

Les personnes se considérant comme des adeptes se veulent plus respectueuses de l’environnement ainsi que de leur personne via un rythme de vie plus lent. Ce-dernier passe notamment par un retour à des valeurs jugées essentielles et un éloignement vis-à-vis des logiques de marché, grâce à une consommation plus responsable. Pourtant, le mouvement tend à devenir paradoxal puisqu’il utilise ces mêmes logiques afin de s’étendre à des domaines de plus en plus divers.

©www.allociné.fr

Le mouvement slow life est perçu comme un art de vivre à part entière. Il est constitué par une agrégation de divers concepts « slow » ayant une importance et une reconnaissance différentes. Les articles traitant du sujet l’inscrivent de façon régulière dans  la lignée de tendances actuelles telles que le hygge -mode de vie scandinave se voulant chaleureux et réconfortant-, le véganisme ou encore l’alimentation qualifiée d’healthy; ce qui a tendance à l’éloigner de son fondement premier. ©40181461-healthy-cooking-and-slow-food-diet-concepts-word-cloud-illustration-word-collage-concept.jpg

La ramification du concept Slow

En effet, d’abord inspiré de la slow food, il a ensuite été étendu à d’autres domaines de la vie quotidienne. La reprise du concept a été accompagnée de son adaptation aux différentes sociétés et n’a eu de cesse de se ramifier: le slow parenting, la slow TV ou encore le slow sexe ont vu le jour.

Tout d’abord, le slow parenting consiste à prendre le temps de s’occuper de son enfant tout en le laissant grandir à son rythme. Cela va à l’encontre de son inscription à de multiples activités (langues, sport, activités manuelles, etc) par le simple fait que son jeune âge lui offre des facilités d’apprentissage.

Ensuite, le slow sexe pourrait être qualifié comme une pratique de la sexualité « en pleine conscience » de soi mais surtout de son partenaire. Il s’agit de ne pas se focaliser sur la performance, que les auteurs identifient comme l’atteinte de son orgasme. La pratique du slow sexe veut se détacher de l’individualisme dont certaines personnes font preuve durant leurs rapports sexuels afin de se concentrer sur les sensations de son partenaire. Ce mouvement, par l’apparition de coachs, s’est divisé puisque certains articles de magazines ainsi que des livres divers s’interrogent désormais sur « comment faire un marathon de préliminaires? » ou encore « comment atteindre l’orgasme grâce au slow sexe en vingt minutes? » Le développement de cette nouvelle branche semble paradoxale puisque dans ces deux cas, la performance est remise au coeur de l’acte sexuel.

Enfin, la slow TV propose une programmation diversifiée d’émissions de longue durée. Ces-dernières peuvent mettre en scène un paysage, une scène pendant plusieurs heures. C’est notamment le cas d’une émission représentant un feu de cheminé.

 

Historiquement, la slow food est pionnière dans le domaine.

Ce mouvement naît en 1986 par l’insurrection d’habitants de la ville de Rome qui s’opposent à l’ouverture d’un restaurant de la chaîne Mc Donalds, Piazza Di Spagna en plein coeur du centre ville. Le motif de cette protestation est la préservation du patrimoine local: tant celui de la gastronomie que du décors urbain. Le soulèvement n’est pas uniquement populaire puisqu’au conseil municipal les communistes s’élèvent contre cette implantation et des artistes se mobilisent également lors des manifstations. Les personnes mobilisées prennent notamment pour exemple Clint Eastwood (photographie ci-dessous); qui s’était opposé à l’ouverture de fastfood dans la ville dans laquelle il était maire en Californie.

                                                               ©diagospia.com

L’ouverture a lieu malgré de nombreuses mobilisations. Mais l’échec n’est que partiel puisqu’une association faisant la promotion du slow food est créée. En 1989, celle-ci devient internationale et c’est à partir de cette date que le mouvement gagne en visibilité internationale et commence à être repris.

La slow food promeut tout d’abord une cuisine locale qui respecte le rythme des saisons et l’environnement: une importance fondamentale est donnée aux circuits courts et donc aux produits locaux.
Un deuxième aspect de la slow food est celui du partage. Le repas est conçu comme un moment d’échanges: créant et renforçant les liens sociaux.


©slowfood.com

 

L’extension du concept aux villes permettant de lutter contre l’individualisme 

Suite à la promotion de cette écogastronomie, la tendance a conquis les villes puisque le concept de Città Slow fut créé à la fin des années 1990 en Italie. Dans ces-dernières les zones piétones sont privilégiées, des places publiques sont aménagées afin de favoriser les échanges. Les petits commerces sont préférés aux grandes surfaces afin qu’il y ait un développement de la production et de la consommation des produits locaux et artisanaux.

L’objectif de ces deux concepts slow va au-delà d’un simple respect de l’environnement et des produits que nous consommons puisqu’il vise aussi à réduire l’individualisme.

                                                                                   ©www.cittàslow.net

 

Un concept ambivalent s’appuyant sur des logiques qu’il prétend contester pour se développer 

De nouvelles ramifications sont ensuite apparues donnant naissance au concept de slow life. Toutes ces nouvelles branches partagent l’idée que la lenteur permettrait une vie plus saine. Les concepts de slow food et città slow avaient pour objectif premier de retourner à un mode de vie qui se calquerait sur un rythme plus en accord avec la nature ainsi que le développement des relations sociales. En revanche, bien que les diverses ramifications créées,  prétextent elles aussi un retour aux valeurs essentielles, elles s’accaparent des logiques de marché afin de s’étendre.
Le recours à nos modes de fonctionnements contemporains en terme de production et de consommation tend à dénaturer le concept même de retour, qui n’est alors présent qu’en surface.

Le concept devient d’autant plus ambivalent qu’il se voulait déconnecté du marché pour revenir à des choses simples. Or, on peut observer une floraison de coachs qui apprendraient à vivre de façon lente ou à manger « version slowfood ». La simplicité a donc été mise de côté et revenir à un mode de vie plus sain se conçoit désormais par un apprentissage assisté de coachs divers tel que ceux de slow sex qui se voient délivrer un diplôme aux Etats-Unis après un an de formation.

 

                                                                                   ©monadori

 

 

Liens pour approfondir le sujet:

. Un blog « Slow Life » : http://www.myslowlife.fr
. Un ouvrage de slow life approfondissant le thème du slow sexe:  https://books.google.fr/books?id=yVZAiU3rwtoC&pg=PT73&lpg=PT73&dq=alberto+vitale+slow+sexe&source=bl&ots=WL9rDGsl_R&sig=enq4_cVAmngLn3DTVw2–3gGAmM&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwibh4i5jLfXAhXC-aQKHbPDDFgQ6AEIVzAH#v=onepage&q=alberto%20vitale%20slow%20sexe&f=false

 

 

Juliette Molitano