Alba Fortuny, photographier les vies

Qu’est-ce que la street photography ? Ce terme a connu son utilisation grimper en flèche ces dernière années. Pourtant, on retrouve dans celle-ci beaucoup du procédé déjà mis en place par les figures paternelles que sont Henri-Cartier Bresson ou Robert Doisneau. Peut-on pour autant parler d’un retour?

Alba Fortuny se définit elle-même comme street photographer. Elle a ouvert les portes de son studio à Eclectea.

  • Morocco ©Alba Fortuny
    Morocco ©Alba Fortuny
  • Morocco ©Alba Fortuny
    Morocco ©Alba Fortuny
  • Morocco ©Alba Fortuny
    Morocco ©Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny
  • Cuba, 2017 © Alba Fortuny
    Cuba, 2017 © Alba Fortuny

©Alba Fortuny

Cette artiste barcelonaise, désormais basée à Berlin est tombée dans la photographie au fil de ses voyages. Le déplacement physique et géographique inspire la création. Artiste-résidente de la Greenhouse, Alba y projette son film documentaire tourné au Maroc « Sketches of a Moroccan Journey » et présente certains tirages de sa série de photographie prise à Cuba.

La jeune photographe capture des images de personnes anonymes et attire notre regard sur ceux que l’on rencontre tous les jours sans même plus s’en rendre compte. Elle propose des portraits de gens, croisés au détour d’une rue, au beau milieu de leurs activités quotidiennes, entourés de figures familières, qu’elles soient des voisins de longue date ou des touristes de passages. Ces images volées sont le fruit d’un travail dont l’essence interroge la représentation des êtres et du monde.

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Cuba, 2017 © Alba Fortuny

 Je ne cherche donc pas à me positionner derrière une certaine conception ou à persuader quiconque, mais plutôt à pousser chacun à se poser des questions, et à élargir les visions.

 

Ce ne sont pas de simples portraits que ses photographies nous dévoilent, mais une relation entre des hommes et leur environnement. A travers celles-ci, s’opère alors une poésie du quotidien – une combinaison quasi-chimique, souvent mécanique. Un de ces phénomènes les plus banals, mais aussi, et comme par voie de conséquence, les plus invisibles. Au sein de ses photographies, s’accomplit alors une symbiose éphémère de soi et du lieu.

Alba Fortuny raconte des histoires, et derrière chaque image, une multitude de scénari se tissent.

Ces images sont des petits bouts d’émotions et de sensations. Dans chacune l’on peut ressentir l’âpreté des mains d’un vieillard, la folie naïve d’un enfant, et la chaleur du souffle des amants.

Cuba, 2017 © Alba Fortuny

Cuba, 2017 © Alba Fortuny

Les photographies d’Alba sont des morceaux de vies et d’humanité.

Ce sont des morceaux de nous, des souvenirs enfouis, de vies intérieures et d’avenirs possibles.

Chaque élément de l’image participe à la création d’une atmosphère, d’un récit, d’une émotion. Malgré la spontanéité de la photographie, on retrouve une lumière étudiée et une composition réfléchie. Le regard d’une artiste talentueuse et complète nous est offert : vidéaste et photographe, collaborant avec les plasticiens (comme pour son film«Painting Agharta », tourné dans l’atelier d’un peintre et les musiciens.

Un regard qui élargit notre vision.

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Cuba, 2017 © Alba Fortuny

Eclectea : Peux-tu nous raconter ton parcours et comment tu es tombée dans la photographie?

Alba Fortuny : Initialement, je suis plutôt vidéaste, et j’ai toujours filmé et monté des vidéos. Mais c’est lors de mon voyage au Maroc, où je suis initialement partie tourner un film documentaire (visible ici), que la photographie s’est révélée comme un autre mode d’expression possible pour moi. J’ai tout simplement adoré y faire de la photographie. Par la suite, je me suis donnée la chance de voyager uniquement pour cela. D’où mon séjour à Cuba pendant un mois, et la série de photographie qui est née par la suite. Cela fait maintenant cinq mois et depuis ce moment, beaucoup de choses sont arrivées.

Eclectea : Alors dirais-tu que tu préfères photographier ou filmer ?

Alba Fortuny : J’adore les deux ! Il y a à chaque fois un jeu sur le temps, qui revêt des enjeux totalement différents. D’une part, avec le cinéma, il s’agit de prendre plusieurs vidéos, d‘enregistrer plusieurs moments et de les assembler pour créer une œuvre d’art qui peut durer cinq minutes comme une heure. Dans la photographie, on essaie de capturer un seul instant, de figer le temps et de l’étirer. Je ne peux pas dire que je préfère l’une ou l’autre de ces pratiques. En réalité, je pense plutôt à les mixer, c’est-à-dire par exemple, intégrer des photographies dans des vidéos.

Cuban Street Photography Vernissage from Alba Fortuny on Vimeo.

 

Eclectea : Est-ce que tu penses que ton envie de faire de la photographie est venue avec ton envie de voyager ?

Alba Fortuny : Non pas vraiment. Bien sûr, au début, la photographie et le voyage étaient intriqués. Mais maintenant que je suis basée à Berlin, je prends des photos de la ville dans laquelle je vis tous les jours. C’est une approche tout à fait différente puisque je me suis habituée à ce lieu, et que j’en ai une approche plus intime. Il faut dire que Berlin est fabuleuse pour cela, car elle possède des personnalités très différentes, et j’aime regarder toutes les communautés qui en émergent. Même si je voyage mois, la ville en elle-même présente une diversité tellement grande, qu’elle rassasie à peine l’œil du photographe et du voyageur.

Warschauer // Berlin, 2017 ©Alba Fortuny

Warschauer // Berlin, 2017 ©Alba Fortuny

Eclectea : Comment procèdes-tu pour travailler, as-tu une idée précise de ce que tu recherches avant de quitter ton studio, où laisses-tu l’image inattendue arriver à toi ?

Alba Fortuny : Mon travail en tant que street photographer, c’est tout simplement de passer le plus temps possible dehors, dans le monde extérieur, dans les rues… et observer beaucoup. J’ai toujours bien sûr une idée de ce que je veux trouver.

Je suis sans cesse à la recherche de caractères inédits et de personnalités originales.

J’aime jouer avec ces personnages et la façon dont ils dévoilent leur vie et leurs personnalités à travers leur image, leurs visages et leurs gestes.

Eclectea : Quelles sont tes inspirations et tes mentors en photographie ?

Alba Fortuny : Bruce Gilden est mon photographe préféré. Il arrive vraiment à atteindre des personnalités extrêmes, et à travers ses photographies il parvient à montrer de très près la folie de la vie et du monde. Ses portraits, pour moi, révèlent le non-sens inhérent à chaque chose.

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Cuba, 2017 © Alba Fortuny

Eclectea : Peux-tu nous expliquer ce qu’est la street photography ?

Alba Fortuny : C’est une question assez compliquée. La street photography, je pense que c’est tout simplement capturer la vie quotidienne, à la fois dans la simplicité de sa surface, mais aussi dans ce qui est enfoui derrière sa banalité apparente. Elle met sous nos yeux l’arrière-scène de la vie : elle prend la chose la plus anodine, par exemple une rue très calme et vide, et en tente d’approcher une vérité, une réalité cachée. En cela la street photography permet de poser un œil différent sur le monde. A partir du moment où tu portraitures la vie, tu fais de la street photography. La notion de spontanéité est aussi très importante. Le processus est complètement différent d’un travail de studio.

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Cuba, 2017 © Alba Fortuny

Eclectea : Cherches-tu à délivrer un message, à transmettre une opinion politique par exemple, ou sociologique, à travers tes photos ?

Alba Fortuny : Parfois, je pense qu’il y a un message politique clair dans mes photographies. Mais si effectivement, une critique est présente, celle-ci n’est jamais cachée, et l’image parle d’elle-même. Selon moi, il est très difficile de présenter un avis tranché, et de formuler par l’image des idées politiques précises – sans compter le risque d’être mal-interprété. Je pense que le plus important n’est pas de porter un discours, mais plutôt de créer un impact. Ce qui crée le plus d’effet, ce n’est pas de donner une opinion politique limpide et orientée, mais d’interroger.

Je ne cherche donc pas à me positionner derrière une certaine conception ou à persuader quiconque, mais plutôt à pousser chacun à se poser des questions, et à élargir les visions.

Eclectea : Quels sont les projets sur lesquels tu travailles en ce moment ?

Alba Fortuny : En ce moment je travaille sur deux films documentaires que j’ai tourné à Berlin. Je me suis intéressée au monde des squats berlinois et à cette communauté de gens qui vivent par leurs propres moyens. A côté, j’ai aussi un projet d’une série photographique que j’aimerais réaliser en Grèce et au Balkans cet hiver. En plus de tout cela j’ai des milliers d’idées, et de projets à réaliser!

 

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Dounia Mojahid

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